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Scandale du Watergate suite/ Le journaliste qui a declancher l.affaire

 

Héritage du Watergate

 

 

Richard Helms, directeur de la CIA condamné en 1977 pour parjure à l'issue de la Commission Church.

Le Watergate est devenu l'une des plus célèbres affaires de l'histoire des États-Unis et est irrémédiablement attaché au nom de Nixon[77]. Il a durablement terni l'image de la fonction présidentielle et accru la méfiance des Américains envers leurs dirigeants, d'autant plus que l'administration Nixon se réclamait de « la loi et l'ordre ».

Le scandale du Watergate en lui-même a en fait mis au jour toute une série de scandales commis par l'administration Nixon, dont le mode de fonctionnement est devenu, au fil des révélations, « le » grand scandale. Selon l'historien américain Melvin Small, « les scandales de Nixon ont révélé une tentative pour subvertir tout le système politique américain »[ .

Cette affaire a redonné un souffle au journalisme d'investigation, dont Woodward et Bernstein sont devenus les symboles[ . Elle a aussi alimenté significativement le cynisme dans les commentaires politiques.

Le scandale, et en particulier les leçons de l'épisode du « massacre du Samedi soir » et ses conséquences sur l'opinion publique, ont accru de facto l'importance du rôle du procureur spécial indépendant. Un aspect en est le renforcement de l'indépendance du pouvoir judiciaire. Mais cette évolution a parfois été jugée excessive, notamment lors de l'instrumentalisation politique de la fonction, avec par exemple l'enquête menée par le procureur Kenneth Starr contre Bill Clinton, lors du Monicagate

Les révélations du Watergate ont poussé à remettre en cause l'intégrité de l'administration et notamment des agences gouvernementales de renseignement. Ce climat aboutit, en 1975-1976, à des commissions d'enquête au Congrès, la Commission Pike (Chambre des représentants) et la Commission Church (Sénat)[81], qui révèlent certaines activités illégales de la CIA, comme le Projet MKULTRA[82], ou l'implication dans le renversement de plusieurs chefs d'État, dont l'assassinat fut légalement interdit sous la présidence de Gerald Ford. Les moyens opérationnels de la CIA en sortent réduits, et son rôle dans l'appareil de renseignements américain diminue au profit de la National Security Agency.

Le discrédit du camp républicain profita aux démocrates[83], et notamment au candidat inattendu Jimmy Carter, gouverneur de la Géorgie et propriétaire d'une plantation de cacahuètes, lors de l’élection présidentielle de 1976. Le courant conservateur du Parti républicain en a également profité pour gagner plus d'influence au sein du parti[84] et porter l'un des siens, Ronald Reagan, au pouvoir en 1980.

Plusieurs commentateurs ont avancé que ce scandale a affaibli la présidence américaine, voire la puissance américaine elle-même dans les années qui ont suivi[85]. La chute de Saigon, en 1975, en serait une illustration. L'indépendance du Sud Viêt Nam était garantie par le traité de Paris signé en 1973 pour le retrait des troupes américaines, et Gerald Ford n'a pas donné l'ordre à l'armée américaine d'intervenir contre les troupes du Nord Viêt Nam lorsque celles-ci ont envahi le Sud. Nixon n'avait pas hésité à ordonner des bombardements très destructeurs lors d'une offensive du Nord au printemps 1972, pendant les négociations de paix.

Suite à ce scandale, les médias américains ont pris l'habitude d'utiliser le suffixe « -gate » pour désigner des affaires d'État, des actions illégales ou des mensonges des autorités gouvernementales américaines : Irangate, Monicagate, etc. Cette habitude est également parvenue en France où une affaire des ventes d'armes à l'Angola a été nommée « Angolagate » (terme créé par Le Monde en janvier 2001)[86]. Le mot « gate » signifie porte en anglais. Ce suffixe a même atteint le monde du sport, avec l'icegate, terme utilisé pour qualifier le scandale ayant entouré le résultat de la compétition de couples en patinage artistique aux Jeux Olympiques de Salt Lake City en 2002.[

Les acteurs de cette affaire

 

 

Nixon et ses conseillers (Haldeman, Chapin, Ehrlichman) en 1970.

  • Le Président des États-Unis

Richard M. Nixon, jusqu'au 8 aout 1974

Les « Hommes du Président »

  • À la maison Blanche :
    • H. Robert Haldeman, chef de cabinet (chief of staff) de la Maison Blanche
    • Alexander P. Butterfield, conseiller technique à la présidence, attaché au Cabinet de H. R. Haldeman
    • Gordon C. Strachan, attaché au cabinet de Haldeman
    • John D. Ehrlichman, conseiller pour les affaires intérieures du Président
    • G. Gordon Liddy, conseiller financier du CRP, ancien attaché au cabinet de Ehrlichman
    • John J. Caulfield, membre du cabinet de John Ehrlichman
    • Egil Krogh Jr., conseiller adjoint à la présidence pour les affaires intérieures, attaché au Cabinet de Ehrlichman
    • David R. Young, membre du cabinet du Conseil national de sécurité, attaché auprès de Kissinger, Erhlichman
    • E. Howard Hunt Jr, expert-conseil à la Maison Blanche
    • Charles W. Colson, conseiller spécial du Président
    • John W. Dean III, conseiller juridique du Président
    • Henry A. Kissinger, conseiller pour les Affaires de sécurité nationale du Président
    • Richard G. Kleindienst, ministre de la Justice (Attorney general) des États-Unis
    • Dwight L. Chapin, conseiller technique à la présidence, attaché chargé de l’agenda présidentiel
    • Ronald L. Ziegler, porte-parole de la Maison Blanche
    • Kenneth W. Clawson, directeur adjoint des Communications à la Maison Blanche
  • Au Comité pour la Réélection du Président (CRP) :
    • John N. Mitchell, directeur de la campagne présidentielle au CRP, ancien attorney général
    • Clark MacGregor, directeur de la campagne présidentielle (successeur de Mitchell)
    • Frederick C. Larue, conseiller adjoint du CRP, attaché auprès de John Mitchell
    • Jeb Stuart Magruder, directeur adjoint de la campagne au CRP, ancien attaché au cabinet de Haldeman et directeur adjoint des communications à la Maison Blanche
    • Hugh W. Sloan Jr, trésorier du CRP, ancien attaché au cabinet de Haldeman
    • Herbert W. Kalmbach, directeur adjoint des Finances du CRP, avoué personnel du Président
    • Maurice H. Stans, directeur des finances du CRP, ancien secrétaire au Commerce
    • Alfred C. Baldwin III, agent à la sécurité Comité pour la Réélection du Président (CRP)
    • Kenneth H. Dalhberg, directeur pour le Midwest des finances du CRP
    • Robert C. Madiran, Coordinateur politique au CRP, ancien procureur général adjoint
    • Powell Moore, directeur adjoint des services de presse du CRP, ancien attaché de presse à la Maison Blanche
    • Robert C. Odle Jr, directeur de l’administration et du personnel au CRP, ancien attaché au cabinet présidentiel
    • Herbert L. Porter, directeur de la planification au CRP, ancien attaché auprès de Haldeman
    • Kenneth W. Parkinson, avocat au CRP
    • Kenneth Rietz, directeur de service de la jeunesse au CRP
    • DeVan L. Shumway, directeur des relations publiques du CRP, ancien attaché de presse à la Maison Blanche
  • Autres :
    • Charles Gregory "Bebe" Rebozo, homme d'affaires et ami intime du Président
    • Donald H. Segretti, avoué
    • Gerald Warren, attaché de presse adjoint de la présidence
  • Les poseurs de micros :
    • James W. McCord Jr
    • Bernard L. Barker
    • Virgilio R. Gonzalez
    • Eugenio R. Martinez
    • Frank A Sturgis

L'investigation

  • Le Washington Post

Carl Bernstein, journaliste
Bob Woodward, journaliste
Benjamin C. Bradlee, rédacteur en chef
Katherine Graham, éditrice
Howard Simons, directeur de la rédaction
Harry M. Rosenfeld, rédacteur en chef adjoint pour les affaires locales
Barry Sussman, chef du service des affaires locales

  • Autres magazines

le New York Times
le Time

  • l'informateur

W. Mark Felt, directeur adjoint du FBI

 

L’accusation

  • Le tribunal fédéral

Henry E. Patersen, procureur général adjoint
Earl J. Silbert, procureur fédéral adjoint pour le District de Columbia (Washington city)
Donald E. Campbell, procureur fédéral adjoint
Seymour Glanzer, procureur fédéral adjoint

  • Le juge

John J. Sirica, juge principal au tribunal de district du District de Columbia

  • Les membres de la commission d'enquête sénatoriale

Howard H. Baker, sénateur républicain du Tennessee
Samuel Dash, conseiller démocrate
Sam J. Ervin, président de la commission, sénateur démocrate de la Caroline du Nord
Edward J. Gurney, sénateur républicain de la Floride
Daniel K. Inouye, sénateur démocrate de Hawaii
Joseph M. Montoya, sénateur démocrate du Nouveau-Mexique
Herman E. Talmadge, sénateur démocrate de Géorgie
Fred D. Thompson, conseiller républicain
Lowell P. Weicker, Jr, sénateur républicain du Connecticut

 

Chronologie des événements

  • 5 novembre 1968 : Première élection présidentielle victorieuse de Richard Nixon, officiellement investi comme président des États-Unis le 20 janvier 1969.
  • 12 mai 1969 : Nixon ordonne au FBI la mise en place d'écoutes pour connaître l'origine des fuites dans la presse concernant les bombardements secrets sur le Cambodge qu'il a autorisé le 23 février.
  • 13 juin 1971 : Le New York Times commence la publication des « Dossiers du Pentagone » (Pentagon Papers), fournis par Daniel Ellsberg, qui révèlent les mensonges de l'administration américaine depuis le début de la guerre du Vietnam.
  • 3-4 septembre : Howard Hunt et Gordon Liddy organisent le cambriolage du bureau du psychiatre de Daniel Ellsberg.
  • 17 juin 1972 : Cinq hommes sont arrêtés pour cambriolage au siège du Parti démocrate, dans le complexe immobilier du Watergate à Washington, dont James McCord, directeur de la sécurité au Comité pour la réélection du Président.
  • 19 juin : Le Washington Post révèle qu'un membre de la sécurité du Parti républicain faisait partie de l'équipe des cambrioleurs. John N. Mitchell, président du Comité pour la réélection du Président, dément toute implication.
  • 23 juin : Le Président et Bob Haldeman, chef de cabinet de la Maison Blanche, prévoient de faire intervenir la CIA pour gêner l’enquête du FBI sur le cambriolage au Watergate. Sur la bande contenant cette conversation, il y a un trou de 18 minutes (smoking gun tape).
  • 10-13 juillet : Convention nationale du Parti démocrate à Miami, George McGovern est le candidat désigné pour l'élection présidentielle face à Richard Nixon.
  • 15 septembre : Hunt, Liddy et les cinq cambrioleurs du Watergate sont inculpés de délits tombant sour le coup des lois fédérales.
  • 7 novembre : Réélection de Richard Nixon avec 60,8 % des suffrages et la majorité dans tous les États sauf le Massachusetts
  • 8-30 janvier 1973 : Jugement des 7 inculpés du cambriolage du Watergate. Tous plaident coupable, sauf Liddy et Hunt, qui sont tous deux condamnés par le jury
  • 7 février : Le Sénat décide par 70 voix contre 0 de créer une commission chargée d’enquêter sur le Watergate
  • 27 février : Première entrevue de Dean avec le président depuis le 15 septembre 1972. Les deux hommes discutent du camouflage de l’affaire
  • 19 mars : James McCord rédige une lettre à l'attention du juge John Sirica dans laquelle il dénonce John N. Mitchell et Charles Colson.
  • 21 mars : Entrevue cruciale entre Dean et Nixon. Le sujet porte sur des moyens de s’assurer le silence définitif des cambrioleurs et des personnes impliqués dans le camouflage. On évoque de payer pour leur silence et des promesses de clémence. Le même jour, l’avocat de Howard Hunt reçoit 75 000 dollars
  • 30 avril : Le Président annonce que Haldeman, Ehrlichman et le Procureur général (Attorney General) Richard Kleindienst donnent leur démission et que Dean est démis de ses fonctions. Leonard Garment succède à Dean comme avocat-conseil de la Maison Blanche et Elliot Richardson remplace Kleindienst
  • 4 mai : La Maison Blanche annonce que le général Alexander M. Haig est nommé chef de cabinet (Chief of staff) intérimaire de la Maison Blanche
  • 10 mai : La Maison Blanche annonce que J. Fred Buzhardt est engagé comme avocat-conseil spécial du Président pour l’affaire du Watergate
  • 17 mai : La Commission sénatoriale sur le Watergate commence ses audiences télévisées
  • 18 mai : Archibald Cox est nommé procureur extraordinaire dans l’affaire du Watergate
  • 22 mai : Le Président dément de nouveau avoir été au courant du cambriolage ou du camouflage. Il reconnaît toutefois avoir voulu limiter l’étendue de l’enquête sur le Watergate pour des raisons de sécurité nationale
  • 25-29 juin : Dean témoigne devant la commission sénatoriale et accuse le Président d’avoir participé au camouflage
  • 13 juillet : Alexander Butterfield révèle à la commission sénatoriale l’existence d’un système d’écoute à la Maison Blanche
  • 18 juillet : Le système d’écoute est débranché
  • 23 juillet : Cox lance une sommation de produire les enregistrements de neufs conversations enregistrées
  • 25 juillet : Le Président Nixon refuse de remettre les bandes sonores en prétextant le privilège de l’exécutif
  • 29 août : Le juge Sirica décide que le Président doit remettre les bandes faisant l’objet de la sommation. La Maison Blanche annonce qu’elle fera appel
  • 10 octobre : Le Vice-président Agnew donne sa démission
  • 12 octobre : La Cour d’appel des États-Unis confirme la décision du juge Sirica concernant les bandes. Le même jour, le Président nomme Gerald L. Ford Vice-Président
  • 20 octobre : « Le massacre du samedi soir ». Cox est démis de ses fonctions. Le procureur général Richardson et le procureur général adjoint William Ruckelshaus, refusent de démettre Cox et donnent leur démission
  • 23 octobre : Charles Alan Wright annonce au juge Sirica que les enregistrements vont être remis
  • 1er novembre : Leon Jaworski est nommé procureur extraordinaire dans l’affaire du Watergate en remplacement de Cox
  • 21 novembre : Les avocats de la Maison Blanche révèlent le « trou » de 18 minutes dans la bande du 20 juin 1972 au juge Sirica. Le juge rend cette information publique immédiatement
  • 4 janvier 1974 : La Maison Blanche annonce que James St-Clair devient le principal avocat-conseil du Président pour l’affaire du Watergate
  • 1er mars : Le Grand Jury chargé de l’affaire du camouflage inculpe Haldeman, Ehrlichman, Mitchell, Robert Madiran, Charles W. Colson, Gordon Strachan et Kenneth W. Parkinson. Richard Nixon est cité comme conspirateur non inculpé, mais cette information est tenue secrète
  • 11 avril : La Commission judiciaire somme le Président de produire 42 enregistrements
  • 18 avril : Le procureur Jaworski somme le Président de produire 64 enregistrements supplémentaires
  • 29 avril : Dans une allocution télévisée, le Président annonce qu’il va remettre à la Commission judiciaire des transcriptions « caviardées » des conversations faisant l’objet des sommations et qu’il va les rendre publiques
  • 30 avril : L’avocat St-Clair annonce que le Président refuse de remettre les bandes magnétiques et les documents demandés par le procureur extraordinaire
  • 9 mai : La Commission judiciaire de la Chambre débute ses séances sur la destitution du Président (Impeachment)
  • 20 mai : Le juge Sirica rejette une demande de la Maison Blanche visant à annuler la sommation du procureur extraordinaire
  • 24 mai : Jaworski demande à la Cour suprême des États-Unis de trancher au sujet de sa sommation de produire les 64 bandes magnétiques
  • 24 juillet : La Cour Suprême décide par 8 voix contre 0 que le Président doit remettre les 64 bandes magnétiques demandés par le procureur extraordinaire
  • 27-29 juillet : La Commission judiciaire de la Chambre vote par 27 voix contre 11 le premier chef d’accusation pour la destitution du Président (Impeachment), accusant le Président d’avoir fait obstacle à la justice en essayant de camoufler l’affaire du Watergate. Le 2e et 3e chef d’accusation sont votés les jours suivants
  • 5 août : La Maison Blanche publie des transcriptions des trois conversations du 23 juin 1972
  • 8 août : Au cours d’une allocution télévisée, le Président annonce qu’il va donner sa démission
  • 9 août : Gerald L Ford devient le 38e Président des États-Unis

8 septembre 1974 : Le Président Ford accorde une amnistie à Richard Nixon pour les faits liés à l'enquête sur le Watergate, ainsi que l'usage exclusif des bandes magnétiques