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LA pénétration d’Israël en Afrique 2partie/ Le Mossad a espionné la Libye au profil Etats sub- saharien

 

LA  pénétration d’Israël en Afrique  2partie

le mossad a espioné la libye au profil des etats sub-saharien 

 

 

Plus encore que les implications, en termes de stratégie, de la

situation économique et financière africaine, c’est la croissance depuis

le milieu des années 70 des préoccupations sécuritaires qui paraît

avoir pavé le chemin du retour politique d’Israël en Afrique. A

côté des deux facteurs qui reviennent souvent dans différentes analy-

ses - l’entrée de l’Afrique dans le champ des rivalités Est-Ouest,

l’effondrement de l’ordre conservateur et stabilisateur garanti pen-

dant les années 60 par les garde-fous de la Charte de l’OUA -

trois autres évolutions ont contribut à accroître ces préoccupations

et ont entraîné une perception de 1’Etat hébreu comme recours pour

passer le cap de transitions politiques délicates (Liberia, Cameroun,

Guinée, Sierra Leone, Centrafrique, Ouganda), conjurer les périls

internes et externes (Togo, Ethiopie, Kenya), les inquiétudes nées

ici et là au lendemain de l’arrivée de la gauche en France, et sur-

tout la menace libyenne.

 

Le péril ou la menace libyenne a fonctionné comme un vérita-

ble (( fonds de commerce ))

Diplomatique en faveur de 1:offensive

Diplomatique israélienne. Nombreux en effet ont été les Etats sub-

sahariens qui ont montré un vif intérêt pour les renseignements

rassemblés par le Mossad sur les activités libyennes et la réparti-

tion spatiale des agents libyens en Afrique. On peut dire que les

décisions libérienne et togolaise relèvent largement du facteur libyen.

Celui-ci a été particulièrement fonctionnel dans le cas libérien, à

un point tel que l’Égypte mettra en cause la Libye comme res-

ponsable de la décision libérienne. Cependant, le facteur libyen n’est

pas univoque : autant il favorise le processus israélien, autant il est,

semble-t-il, dissuasif à l’égard de candidats potentiels à la reprise

des relations avec Israël. A ce titre, les ajournements de la déci-

sion togolaise ne sont pas sans rapport avec la crainte d’une recru-

descence des menées ,libyennes. En tout cas, les tentatives de Lomé

pour améliorer ses relations avec Tripoli avant sa décision finale

incitent à le penser. Enfin, troisième facteur inducteur de préoccu-

pations sécuritaires : l’alternance politique en France en mai et en

juin 1981. La doctrine non interventionniste professée par les socia-

listes français ((( pas de Barracuda de gauche ))) n’a pas manqué

d’accroître l’inquiétude de certains régimes africains, depuis long-

temps cloués au pilori par le parti socialiste, quant à la disponibi-

lité du nouveau pouvoir français à leur venir en aide en cas d’alerte

politique. Même si ce que J.-F. Bayart a appelé le (( phantasme d’une

autre politique africaine )) (7) a vécu, notamment après le départ,

en décembre 1982, du ministre de la Coopération J.-P. Cot pour

laisser la place à une gestion des dossiers africains plus dans la ligne

de la continuité, les conditions dans lesquelles la France s’est réso-

lue finalement à engager l’opération Manta au Tchad (pressions afri-

caines et américaines) ont quelque peu ravivé le malaise qui,. pour-

tant, avait commencé à se dissiper dans les capitales africaines

inquiètes au lendemain du 10 mai. Certes, l’intervention plutôt

prompte de la France au Togo fin septembre 1986 a sûrement con-

tribué à rassurer les uns et les autres, mais à l’évidence, les inquié-

tudes initiales ont poussé certaines capitales africaines à rechercher

d’autres substituts au parapluie français.

Au total, on peut affirmer que c’est au titre de, ces détermi-

nants en termes de survie politique et économique que la décision

de reprise zaïroise constitue un véritable modèle type.

En effet, plusieurs indices probants attestent de l’absolue pré-

dominance des déterminants internes dans la décision zaïroise. Tout

d’abord, cette décision ne relève que très marginalement d’une

 

déception de Kinshasa vis-à-vis de l’aide arabe. Le Zaïre a été l’un

des plus importants bénéficiaires africains non arabes des transferts

financiers arabes   I1 a en outre finalement agi seul pour annon-

cer sa décision, sans consultation préalable des autres pays africains

avec lesquels Kinshasa étudiait une éventuelle décision concertée ;

il y a enfin la surprise des autorités israéliennes non pas face à

la décision elle-même - le Zaïre avait annoncé son intention de

renouer avec Israël dès le début de décembre 1981, soit, significa-

tivement, à la veille d’une rencontre (le 4 décembre 1981) avec les

représentants des quatre plus puissantes organisations juives amé-

ricaines   - mais devant l’annonce isolée faite par le chef de 1’Etat

zaïrois à un moment qui n’était pas particulièrement favorable, puis-

que l’actualité internationale était marquée par les remous causés

par l’annexion du Golan par Israël. On notera, enfin, que Kins-

hasa a ignoré les fortes pressions saoudiennes pour l’empêcher de

prendre sa décision (

Le jeu de la carte israélienne par Kinshasa relève d’une vérita-

ble stratégie non seulement à court terme, mais aussi à moyen et

long terme pour répondre à deux défis décisifs, économique et poli-

tique, en rapport direct avec la préservation même du régime

Mobutu. I1 faut se souvenir en effet que le début des années 80

a été pour ce dernier un cap politique et économique difficile, lié

à la tendance à l’effritement de sa crédibilité auprès de l’adminis-

tration américaine (même si, globalement, elle demeurait relative-

ment bien disposée à son égard), et surtout, à la dégradation con-

sidérable de l’image de Mobutu auprès du Congrès  Lorsqu’on

connaît le rôle décisif du Congrès dans la définition et l’approba-

tion du niveau d’aide attribuée aux pays étrangers d’une part et,

d’autre part, le caractère vital de l’aide financière et militaire amé-

ricaine pour le régime zaïrois, on comprend que les critiques acer-

bes, par le Congrès, de la politique des droits de l’homme et de

la gestion (gabegie, corruption) économique du Zaïre, les menaces

de suspension, voire de suppression de l’aide américaine à Kins-

hasa, aient fonctionné comme autant de signaux d’alarme

  Enfin les tractations quasi officielles en coulisse, les contacts discrets entre

des personnalités politiques américaines et l’ex-Premier ministre de

Mobutu, Nguza Karl-I-Bond   alors opposant en vue et très

Populaire dans les cercles du Congrès américain, ont élevé les ris-

ques pour le régime Mobutu à un niveau tel qu’il lui a fallu réa-

gir et répondre par le jeu d’une carte progressivement perçue comme

décisive : la carte israélienne. A ces menaces de plus en plus pré-

cises d’outre-Atlantique, il faut ajouter comme déterminant tout aussi

décisif de la décision zaïroise la situation chronique d’instabilité

Politico-militaire au Zaïre (poussées de rébellion subites Gans la pro-

vince du Shaba) durant une période le chef de 1’Etat zaïrois

ne pouvait jurer d’un appui éventuel français en cas d’alerte (comme

à l’occasion de Shaba 1 et 2) et encore moins dans l’hypothèse d’un

coup de force à Kinshasa.

On le voit, la décision zaïroise est exemplaire des facteurs qui

fondent le nouveau réalisme pro-israélien en Afrique. En saisissant

L’opportunité ouverte d’une reprise des relations diplomatiques avec

Israël, le chef de I’État zaïrois a d’abord et surtout jaugé les coûts

et les gains de sa décision à l’aune du seul impératif de survie de

son régime et de son pouvoir. Avec des nuances et quelques réser-

ves, les décisions libérienne, camerounaise et togolaise peuvent être

Considérées comme des variantes plus ou moins prononcées du

modèle zaïrois.

 

Source/politique -afrique