Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La machine des faux euro en France

La machine des faux euro en France Le Monde 31.07.06 Luc Bronner La France est le pays européen le plus touché par la fausse monnaie, devant l'Espagne, l'Italie et l'Allemagne. En 2005, 30 % des faux euros saisis dans la zone euro l'ont été sur le territoire français, un chiffre qui s'explique par l'importance de la production nationale et, dans un volume croissant, par l'importation de faux billets venant d'autres pays. Au niveau européen, la production de fausse monnaie, qui avait chuté avec l'introduction de l'euro en 2002, a retrouvé le niveau des années antérieures avec, en moyenne, un peu moins de 600 000 contrefaçons saisies chaque année dans les 12 pays de la zone euro. La même tendance se retrouve en France où le niveau actuel est jugé "très proche" de celui des années 2000 et 2001, selon les statistiques de l'office central de répression de la fausse monnaie (OCRFM). Jusqu'à présent, la majorité des contrefaçons saisies concernait les billets de 50 euros. Depuis cette année, les policiers européens constatent une forte augmentation du nombre de faux billets de 20 euros. Au premier semestre, ceux-ci ont représenté 44 % des contrefaçons saisies à l'échelle européenne, contre 28 % le semestre précédent, selon les données de la Banque centrale européenne (BCE). Dans le même temps, la proportion de faux billets de 50 euros est, elle, passée de 56 % à 36 %. Ces deux catégories de billets sont les plus visées par les trafiquants dans la mesure où elles sont rentables et suffisamment courantes pour espérer une moindre attention de la part des consommateurs. Les analystes de la police française distinguent trois grandes catégories de faux monnayeurs. Avec la généralisation des outils numériques pour copier ou imprimer, une partie de la production, quantitativement très limitée, est le fait de particuliers. Cette "contrefaçon domestique", réalisée de manière artisanale, débouche sur l'introduction de quelques dizaines de billets, souvent par le producteur lui-même. Un septuagénaire a ainsi été interpellé au mois de mai dans les Deux-Sèvres après avoir écoulé une vingtaine de billets de 20 euros photographiés. L'homme avait été repéré par les organisateurs d'un thé dansant qu'il avait déjà dupés à deux reprises. La "production intermédiaire" correspond à des opérations ponctuelles commises par des groupes qui cherchent un "business" parmi d'autres. La production peut alors représenter quelques centaines à quelques milliers de billets. "Ce sont des gens qui peuvent faire de la contrefaçon de vêtements ou du trafic de cigarettes et qui investissent ce secteur à un moment ou à un autre", explique Philippe Ménard, chef de la division du patrimoine à la direction centrale de la police judiciaire, qui supervise l'OCRFM. La contrefaçon industrielle suppose un équipement nettement plus lourd. Et très coûteux : une machine pour imprimer des hologrammes peut représenter un investissement de 50 000 euros. Utilisant l'imprimerie classique ou des moyens informatiques, les contrefacteurs peuvent arriver à produire plus de 100 000 faux billets. Depuis 2002, seules sept organisations criminelles identifiées ont dépassé ce volume en Europe. "Le grand banditisme et les gens du voyage sont les principaux producteurs", note un spécialiste. Les policiers estiment que les producteurs récupèrent environ 10 % de la valeur faciale du faux billet. PRODUCTION INTERNATIONALISÉE La police française démantèle 30 à 40 sources de production de faux billets par an, dont deux à trois réseaux importants. En 2005, les services de police et de gendarmerie ont repéré une concentration anormale de faux billets dans la région d'Angoulême. L'enquête a permis de repérer des "gens du voyage", dont beaucoup liés à une même famille, qui tentaient d'écouler des faux billets. Une surveillance ciblée a permis de démanteler le réseau qui avait écoulé 15 000 billets de 50 euros. L'opération la plus spectaculaire reste le démantèlement d'une "officine" en Seine-Saint-Denis. Les policiers ont d'abord identifié, en 2003, un premier réseau de fabrication de billets de 50 euros, mais sans réussir à faire condamner les principaux suspects. "On n'a pas pu les impliquer, mais on avait visé juste parce qu'on a constaté que la production a ensuite chuté", relève M. Ménard. Surtout, cette première affaire a permis de toucher, un an plus tard, un second réseau, avec lequel il existait des connexions. Celui-ci avait introduit 170 000 faux billets de 20 euros et plus de 20 000 billets de 50 euros. A cette occasion, les policiers ont aussi saisi un stock de 115 000 billets imprimés de 10 euros. L'introduction de l'euro a contribué à internationaliser la production de fausse monnaie. A part des pièces venues d'Italie, la production repérée sur le territoire français avant 2002 était produite en France. Avec l'euro, des faux billets ont été écoulés par des trafiquants dont les bases étaient situées dans d'autres pays de la zone euro, mais aussi de Lituanie, de Bulgarie, de Pologne et même de Colombie, pays considéré comme le premier producteur de faux dollars. L'euro étant devenue la deuxième monnaie internationale après le dollar, il est devenu intéressant pour des trafiquants non européens. Dans des proportions qui restent toutefois limitées : "La grande majorité (98 %) des contrefaçons saisies ont été retrouvées dans les pays de la zone euro. Un peu plus de 1 % provenait des Etats membres n'appartenant pas à la zone euro et légèrement moins de 1 % du reste du monde", souligne ainsi la BCE, dans son dernier bilan sur la contrefaçon.