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l’attentat de Karachi, le duel Chirac-Balladur/Sarkozy cite dans une affaire de corruption/Edouard Balladur, Nicolas Bazire et Nicolas Sarkozy acusses

 

  l’attentat de Karachi, le duel Chirac-Balladur

  une enquête antiterroriste  devient un scandale politico-financier ?

11 français assassinées pour un pot de vin  de 82.5 euro

 825 millions d’euros le contrat de la mort

Sarkozy. Est deriere la création de la société Heine

 Vente d.armes   La police judiciaire cite le nom de Sarkozy dans une affaire de corruption

Les familles    acusent. Edouard Balladur, Nicolas Bazire et  Nicolas Sarkozy.

  règlement de comptes  franco Pakistanie   lié à des pots-de-vin   impayés  

 

Selon les juges, le versement d’une commission occulte promis par Balladur et non versée par Chirac serait à l’origine de l’attentat.

 

vendredi 19 juin 2009

source..  net

 

Sept ans après l’attentat de Karachi, qui a tué onze Français au Pakistan, les juges antiterroristes changent de piste : ils mettent en cause le versement de commissions en marge d’une vente d’armes. Les familles accusent. En ligne de mire : Edouard Balladur, Nicolas Bazire et… Nicolas Sarkozy.

 

Jeudi, les deux juges anti-terroristes chargés de cette affaire, Marc Trévidic et Yves Jannier sont en effet allés à Cherbourg pour expliquer aux parties civiles, les familles des victimes de l’attentat, qu’ils privilégient désormais la piste d’un règlement de comptes entre le Pakistan et la France, lié à des pots-de-vin, promis par Edouard Balladur, mais restés impayés après l’élection de Jacques Chirac en 1995.

 

1..Les faits

 

Le 8 mai 2002, à 7h45, une bombe explose à Karachi au passage du bus militaire siglé qui transporte les employés de la Direction des chantiers navals (DCN), qui assemblent un sous-marin français vendu par la France au Pakistan. Bilan : 14 morts, dont 11 employés français, et 12 blessés.

 

Immédiatement, les autorités pakistanaises attribuent l’action à un groupe terroriste affilié à Al-Qaïda. Neuf mois après les attentats du 11 septembre, la piste semble crédible. En France, une enquête est ouverte, confiée à la star du pôle antiterroriste, le juge Jean-Louis Bruguière.

 

Détail : l’attentat survient trois jours après la réélection de Jacques Chirac à l’Elysée.

 

2Le contrat Agosta

 

Le chantier mené à Karachi est le résultat d’un contrat signé le 21 septembre 1994. C’est l’équipe du ministre de la Défense, François Léotard, qui a négocié la vente de ces trois sous-marins de type Agosta. Montant de l’opération : 5,4 milliards de francs (825 millions d’euros).

 

Le contrat prévoit la construction d’un premier sous-marin à Cherbourg, un deuxième fabriqué en France et assemblé au Pakistan et un troisième entièrement conçu à Karachi.

 

3Les commissions versées

 

Comme dans tout contrat d’armement, il a fallu mettre de l’huile dans les rouages. D’après nos amis de Bakchich qui, avec Le Point, ont été les premiers à évoquer cette piste, les pots-de-vin ont été versés de la manière suivante :

 

* 6%, soit 49,5 millions d’euros, pour Ali Asif Zardari, mari de feu Benazir Bhutto et son réseau, composé d’officiels pakistanais * 4% soit 33 millions d’euros, pour le Syrien Abdul Rahman El-Assir, présenté comme l’un des financiers occultes du clan Bhutto, associé au Libanais Ziad Takkieddine  D’après un rapport, intitulé « Nautilus » et réalisé par la DCN dès septembre 2002, ce deuxième réseau aurait alimenté en commissions le clan Balladur, pour financer la campagne électorale présidentielle de 1995. C’est la conclusion des auteurs anonymes de ce rapport :

 

« Après de nombreux contacts, tant en Europe qu’au Pakistan, nous parvenons à la conclusion que l’attentat de Karachi a été réalisé grâce à des complicités au sein de l’armée et au sein des bureaux de soutien aux guérillas islamistes (des services secrets pakistanais, Ndla) (…)

 

Les personnalités ayant instrumentalisé le groupe islamiste qui a mené à bien l’action poursuivaient un but financier (…) Il s’agissait d’obtenir le versement de commissions non honorées. »

 

4L’équipe balladurienne

 

Dans la période 1993-1995 de la deuxième cohabitation, qui avait la haute main sur ces négociations ? Les deux intermédiaires (El-Assir et Takkieddine) avaient table ouverte au cabinet de François Léotard, où toutes ces affaires ont été suivies par le conseiller spécial du ministre de la Défense, Renaud Donnedieu de Vabres.

 

Un cran au-dessus, deux hommes ont géré ce type de dossier :

 

* Nicolas Bazire, le directeur de cabinet du Premier ministre, qui a autorisé à DNC International la création d’une société offshore au Luxembourg en 1994. « Heine SAA » a pour but de « gérer des contrats d’ingiénierie commerciale ». Comme l’a révélé Bakchich, un document saisi par les enquêteurs de la DNIF mentionne…

 

« … l’aval du directeur de cabinet du Premier ministre et celui du ministre du Budget, et laisse supposer des relations ambiguës avec les autorités politiques en faisant référence au financement de la campagne électorale de M. Balladur pour l’élection présidentielle de 1995 »

 

* Nicolas Sarkozy est alors ministre du Budget. A ce titre, il autorise ou refuse les commissions déclarées auprès de l’administration des douanes pour y être défiscalisées, des bordereaux où figurent le montant du pot-de-vin, le nom du bénéficiaire et le marché concerné.

 

5Le « nettoyage » de 1995

 

Après son élection à la présidence en 1995, Jacques Chirac décide, dit le rapport Nautilus, « d’assécher les réseaux de financement occulte ». Le nouveau ministre de la Défense, Charles Millon, est chargé de ce « nettoyage ». Même si 85% des commissions ont déjà été versées, via deux banques suisses, sur les comptes de deux sociétés panaméennes.

 

A ce moment-là, les intermédiaires reviennent plusieurs fois à la charge, jusqu’à se rappeler au bon souvenir du gouvernement français, trois jours après la réélection de Jacques Chirac, au printemps 2002.

 

6Le « marchandage » évoqué par Chirac

 

Lors de l’oraison funèbre prononcée lors des obsèques des Français, le 13 mai 2002 à Cherbourg, le chef de l’Etat a explicitement fait référence à l’arrière-plan de cette affaire, en trois phrases :

 

* « Cherbourg paie un lourd tribut à l’engagement des siens pour le rayonnement et la défense des intérêts de la France. » * « Ce crime est monstrueux. Ses auteurs seront punis. » * « Ma détermination, comme celle du gouvernement, est totale. Nous ne céderons ni à la menace, ni au chantage. »

 

Quel chantage ? Jacques Chirac ne l’a jamais expliqué.

 

7Le silence des politiques

 

Aujourd’hui, aucun des responsables politiques impliqués dans cet imbroglio n’en conserve le moindre souvenir. Jeudi, sur France 2, l’ancien Premier ministre Edouard Balladur n’a pas été plus loquace :

 

« Aucune preuve n’a jamais été apportée, c’est tout ce que j’ai à dire… Si quelqu’un a quelque chose à dire et bien, qu’il le dise. »

 

L’Elysée n’a fait aucun commentaire. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy seront-ils plus diserts devant les juges d’instruction ?

 

 

Attentat de Karachi : interrogé, Sarkozy qualifie les informations de "grotesques"

 

"C’est grotesque, voilà, c’est ma réponse". Le chef de l’Etat n’a pas voulu commenter sur le fond les informations attribuant l’attentat en 2002 contre des salariés de la DCN à la suspension du versement de commissions de la France au Pakistan dans le cadre d’une vente d’armes.

 

Interrogé vendredi 19 juin sur les informations attribuant l’attentat de Karachi en 2002 contre des salariés des arsenaux d’Etat DCN à la suspension du versement de commissions de la France au Pakistan dans le cadre d’une vente d’armes, Nicolas Sarkozy a qualifié ces informations de "grotesque". Le président a été interrogé pendant une conférence de presse à l’issue du sommet européen réuni à Bruxelles. Nous publions sa réponse in extenso :

 

Question du journaliste : "Selon les informations qui ont été rapportées hier à la suite d’une réunion entre les parties civiles dans l’attentat de Karachi et les juges d’instruction, il semblerait que l’origine de l’attentat ne soit pas due à un acte terroriste mais plutôt à des représailles de l’Etat pakistanais après le non versement de commissions. On parle même de rétro-commissions qui auraient pu alimenter la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Est-ce que en tant que ministre du Budget, vous avez été au courant de tels accords ?"

 

Réponse de Nicolas Sarkozy, après un léger rire : "C’était pas la peine de vous mettre à ma droite pour parler de ça, franchement. Enfin écoutez c’est ridicule. Franchement, monsieur, franchement c’est ridicule. Pas vous, hein, je me permettrais pas, je vous respecte mais enfin écoutez. Soit il y a des éléments, donnez-les nous. (Balbutiements). C’est grotesque, voilà, c’est ma réponse. Alors qu’est-ce que vous voulez que je vous dise. Raisonnement : Pour son financement Monsieur Balladur aurait accepté des commissions qui n’auraient pas été payées ensuite et ça a donné Karachi… Mais enfin, respectons la douleur des victimes. S’il vous plaît mais qui peut croire à une fable pareille. Qui peut croire à une fable pareille. Et puis si vous avez des éléments donnez-les à la justice et demandez à la justice qu’ils enquêtent. Mais enfin franchement qu’est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus. Mais, honnêtement, qu’est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus. Y a 14 ans, de surcroît. On est dans un monde où tout se sait, où la notion de secret d’Etat n’existe plus. 14 ans après vous venez me poser la question : ’est-ce que vous êtes au courant de rétrocommissions qui auraient pas été versées à des Pakistanais dans le cadre de la campagne de Monsieur Balladur’. Et vous, vous étiez pas au courant non plus, non ? Vous, vous, vous étiez peut-être journaliste à cette époque, peut-être à ce moment là je vous aurais… non, mais je ne vous en veux pas mais enfin écoutez franchement. (Soupir). Enfin, si y a un braquage à Bruxelles aujourd’hui, j’y étais… (rires dans le public) c’est incontestable." Nicolas Sarkozy se met alors à rire avant de reprendre : "Non pardon, hein, je ris pas du tout parce que Karachi c’est la douleur de familles et de trucs comme ça… mais… qu’est-ce que vous voulez que j’aille répondre là-dessus."

 

Là où Sarkozy pourrait être mis en cause

 

L’enquête sur l’attentat disposerait de nouveaux éléments, selon Me Olivier Morice, l’avocat de plusieurs familles, qui a rencontré les juges antiterroristes Marc Trévidic et Yves Jannier. La justice s’orienterait vers un contentieux franco-pakistanais, sur fond de contrats d’armements et de présumées rétro-commissions. Ces rétro-commissions auraient pu participer au financement de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995. Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget, avait donné son aval à la création de la société Heine, par laquelle a transité une partie des commissions. Edouard Balladur a reconnu jeudi avoir "entendu parler de cette histoire depuis des années" mais souligné que tout s’était déroulé de manière "parfaitement régulière". Un éventuel financement de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995 par des commissions sur des contrats d’armements de la DCN était apparu dans le cadre d’une enquête préliminaire sur des sociétés d’intelligence économique mandatées par la DCN. Les policiers avaient alors trouvé à la DCN une note mentionnant l’aval pour la création de la société Heine du directeur de cabinet d’Edouard Balladur à Matignon, Nicolas Bazire, et celui du ministre du Budget d’alors, Nicolas Sarkozy, laissant "supposer des relations ambiguës avec les autorités politiques en faisant référence au financement de la campagne électorale de M. Balladur pour l’élection présidentielle de 1995".

 

 

 

VENTES D’ARMES : La police judiciaire cite le nom de Sarkozy dans une affaire de corruption

 

Dans un rapport de police du 5 mars 2007, remis à deux juges d’instruction, un flic insolent écrit noir sur blanc qu’une société a été créée au Luxembourg en 1994, « avec l’aval du ministre Nicolas Sarkozy » et de « Nicolas Bazire, directeur de cabinet d’Edouard Balladur », dans le but de distribuer de discrètes commissions sur des ventes de frégates, de sous-marins et autres joujoux.

 

Comme Bakchich le révélait le 25 juin dernier, la justice a ouvert à Paris un dossier concernant des enquêtes effectuées par une poignée de barbouzes pour le compte de l’ancienne Direction des constructions navales, devenue aujourd’hui DCNS. Des perquisitions dans les locaux de ce saint des saints de l’armement, où sont conçus et fabriqués les bateaux, frégates et autres sous-marins, et de DCN International (DCNI), sa branche commerciale d’alors, ont permis aux flics de la Division nationale des investigations financières (DNIF, un service de la direction centrale de la police judiciaire) de ramener du gros dans leurs filets : les preuves des filières de commissions distribuées par l’appareil d’État à l’occasion de la vente à l’étranger de ses frégates et ses sous-marins.

 

Selon les documents récupérés, deux petites sociétés, Heine et Eurolux Gestion, créées au Luxembourg sous la houlette de Jean-Marie Boivin, un ancien cadre maison à l’entregent important  ont joué un rôle clé pour acheminer discrètement les commissions. Heine était utilisée avant la mise en place de la convention de l’OCDE, qui interdit de graisser la patte à des ministres ou fonctionnaires étrangers. Après l’entrée en vigueur de ce texte international, la structure Eurolux a été créée. « Après 2002, Eurolux a servi à contourner la mise en place de la convention OCDE de lutte contre la corruption », a expliqué l’un des mis en examen dans le dossier, comme l’a rapporté Le Monde. Le feu vert de Nicolas Sarkozy

 

Les policiers ne s’y sont pas trompés et un rapport de la DNIF du 5 mars 2007, analysant ces documents, prête un rôle clé à Nicolas Sarkozy, alors ministre du budget du gouvernement d’Edouard Balladur et homme de confiance du Premier ministre. On est alors en 1994 et les équipes de Balladur se préparent à entrer en campagne. Reconnaissant à la société luxembourgeoise Heine le rôle de tuyau à commissions, les flics évoquent dans leur synthèse que Bakchich a pu consulter l’un des docs mis sous scellé : « Une chronologie fait apparaître que la création de la société Heine au deuxième semestre 1994 s’est faite après accord de Nicolas Bazire, directeur de cabinet d’Edouard Balladur, et du ministre Nicolas Sarkozy, et fait un lien entre ces faits et le financement de la campagne électorale de Monsieur Balladur pour l’élection présidentielle de 1995 ». Un rapport de la DNIF du 5 mars 2007 évoque le rôle, en 1994, de Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget du gouvernement Balladur, dans la création d’une société luxembourgeoise destinée à distribuer de discrètes commissions sur des contrats d’armements - JPG - 76.8 ko Un rapport de la DNIF du 5 mars 2007 évoque le rôle, en 1994, de Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget du gouvernement Balladur, dans la création d’une société luxembourgeoise destinée à distribuer de discrètes commissions sur des contrats d’armements  

 

Traduction : Sarkozy et Bazire, alors les deux plus proches collaborateurs d’Edouard Balladur et aujourd’hui meilleurs amis du monde (Nicolas Bazire fut le témoin de mariage du président avec Carla Bruni) ont donné leur feu vert à la création par une société d’armement d’une structure planquée à l’étranger permettant la rémunération opaque d’intermédiaires et pouvant servir à la campagne électorale des balladuriens. Rien que ça. De l’argent baladeur dont les destinataires réels restent mystérieux

 

Interrogé par les policiers de la DNIF le 4 juin 2008, l’ancien directeur financier de DCNI confirme : « Nicolas Bazire est d’accord pour la création de Heine, comme M. Sarkozy ». Et le cadre en question d’évoquer des paiements relatifs à la vente au Pakistan de sous-marins à l’intermédiaire Ziad Takieddine, dont Bakchich a déjà noté le rôle majeur à cette époque dans l’entourage de Balladur et de François Léotard, alors ministre de la Défense. Ce mégacontrat avec le Pakistan, d’un montant de 840 millions d’euros devait, selon la déposition de cet ex-cadre de DCNI, rapporter 4%, soit 32 millions de commissions à Takieddine, via sa société panaméenne Mercor Finance. De l’argent baladeur dont les destinataires réels restent mystérieux… Comme nous le révélions ici, l’intermédiaire jugé trop balladurien a été viré dès l’accession de Jacques Chirac à l’Elysée. En 1997, 6,74 millions d’euros transitent par la coquille du Luxembourg

 

Selon les déclarations faites à la Direction générale des impôts en 1998 par DCN International, les commissions versées via la société Heine s’élèvent – pour l’année 1997 – à 6,74 millions d’euros (44 227 196 francs). Des codes indiquant les contrats concernés sont inscrits en regard des sommes mais, hormis celui de « Garoh » qui est le nom du marché de patrouilleurs vendus au Koweït en 1998, les autres restent mystérieux : « LTLS-BOA), « Modfrag » et « divers », terme explicite à défaut d’être transparent…

 

Mais bon, tout cela semble relever selon le parquet de Paris de sujets tout juste bon à intéresser les journalistes… mais pas les juges. Les documents figurent pourtant au dossier des magistrats Françoise Desset et Jean-Christophe Hullin : répartitions d’argent, contrats d’intermédiaires, sociétés immatriculées au pays du Grand Duc, tout y est si l’on veut bien gratter. Mais habile procédurier, le procureur de la République Jean-Claude Marin a circonscrit l’enquête à quelques barbouzes payés par DCN. Ces derniers se renseignaient tous azimuts sur l’avancement du dossier des frégates de Taiwan, sur les activités d’Alain Gomez, l’ex-patron de Thomson-CSF (devenue Thales) ou sur le décès d’un employé de la même boite, Bernard d’Escrivan, dont la mort a semble-t-il intrigué la direction de DCNI.

 

Mais sur les bénéficiaires réels des commissions des contrats d’armement, personne ne cherche à savoir.

 

 

 

Révélations : Les mobiles cachés de l’attentat de Karachi

 

Six ans après l’explosion qui tua 11 Français, un document ouvre la piste de versements occultes sur la vente de sous-marins au Pakistan.

 

Ni la blessure ni l’énigme ne sont refermées. Six ans et demi ont passé et dans les longs rayonnages de la galerie Saint-Eloi, siège de la section antiterroriste du tribunal de Paris, l’attentat de Karachi, qui coûta la vie à 11 Français, reste classé parmi les « enquêtes en cours ». Un dossier en suspens, rempli d’incertitudes, d’ellipses et de contradictions ; un casse-tête judiciaire et diplomatique dont les pièces, disséminées dans le labyrinthe pakistanais, n’ont jamais pu être rassemblées.

 

C’était le 8 mai 2002, à 7 h 45. La voiture du kamikaze, en explosant, fit voler en éclats le bus des employés de la Direction des constructions navales (DCN) : des ouvriers et techniciens venus de Cherbourg pour participer à la construction d’un sous-marin. Le crime n’a pas été revendiqué. Quatre suspects ont été interpellés par la police locale ; un commanditaire-lié à Al-Qaeda-a été désigné, sans être retrouvé. Depuis, la coopération promise par l’ancien président Pervez Moucharraf en est restée aux apparences, et rien d’essentiel n’a été découvert.

 

Mais une nouvelle piste a surgi à Paris. Embarrassante et sulfureuse, elle avance un mobile politico-financier qui relierait, à travers le temps et l’espace, l’écheveau terroriste pakistanais aux affrontements politiques franco-français des années 90. Mi-octobre, le parquet a transmis au juge Marc Trevidic, chargé du dossier de Karachi, un document saisi par la police au printemps dernier dans le bureau d’un dirigeant de la DCN, Gérard Menayas, à la faveur d’une enquête financière sur les anciens arsenaux d’Etat. Selon cette note, l’attentat de 2002 trouverait son origine dans une sombre affaire de commissions impayées sur le marché des sous-marins, sur fond de règlements de comptes entre partisans de Jacques Chirac et d’Edouard Balladur, au lendemain de l’élection présidentielle de 1995.

 

Le rapport « Nautilus »

 

Daté du 11 septembre 2002, le document est long de trois pages et ne porte aucune signature. Sous le nom de code « Nautilus », il résume les conclusions d’une mission de renseignement commandée par la DCN dans les mois qui ont suivi l’attentat. Son origine n’est pas établie, mais son contenu comme sa forme indiquent nettement que ses auteurs ont eu accès à des sources liées à différents services secrets, français et étrangers.

 

Le texte débute ainsi : « Après de nombreux contacts, tant en Europe qu’au Pakistan, nous parvenons à la conclusion que l’attentat de Karachi a été réalisé grâce à des complicités au sein de l’armée. » Les auteurs anonymes précisent que « les personnalités militaires ayant instrumentalisé le groupe islamiste qui a mené à bien l’action poursuivaient un but financier » : le versement de « commissions non honorées » sur la vente des sous-marins, dans le cadre du contrat Agosta. Le rapport affirme en effet que ces versements avaient été interdits par Jacques Chirac en 1995, aussitôt après son entrée à l’Elysée, afin d’ « assécher les réseaux de financement occultes » au service d’Edouard Balladur.

 

Mais le veto présidentiel aurait, par ricochet, privé certaines personnalités pakistanaises des sommes qu’elles attendaient. Au premier rang de celles-ci figurait Asif Ali Zardari, mari de Benazir Bhutto, alors Premier ministre-le même Zardari qui dirige désormais le pays, après l’assassinat de son épouse, en 2007 et l’élection présidentielle... Le rapport cite en outre, parmi les bénéficiaires, l’ancien chef d’état-major de la marine Mansurul Haq, aujourd’hui emprisonné pour corruption au Pakistan. A en croire le document, cet officier équivoque « se servait de ce type de contrat d’armement pour dégager des crédits afin de financer les guérillas islamistes », orchestrées en sous-main (notamment au Cachemire) par l’Inter-Services Intelligence (ISI)-le service secret pakistanais, si puissant qu’il a toujours fait figure d’Etat dans l’Etat.

 

Autant d’indications invérifiables de prime abord pour un juge parisien, mais qui s’emboîtent de façon troublante dans les béances de l’enquête officielle.

 

Les impasses de Karachi

 

De fait, la thèse avancée d’emblée par les autorités d’Islamabad pour expliquer l’attentat-celle d’un acte inspiré par Al-Qaeda au nom d’une animosité qui ne visait pas spécialement la France mais l’Occident en général-n’a jamais convaincu les services de renseignement français (DST et DGSE). « On ne peut qu’avoir de sérieux doutes sur le scénario privilégié par les Pakistanais », a même confié au Point l’un des magistrats qui travaillent sur le dossier.

 

Ainsi, les expertises effectuées à Paris ont établi que la bombe de 2002 avait été fabriquée avec un explosif militaire de type TNT, alors que les forces de sécurité locales ont toujours évoqué un engin artisanal à base d’engrais chimique-et pour cause : de tels produits ont été trouvés chez les suspects interpellés. « Les Pakistanais n’ont pas dit la vérité sur ce point », certifiait en 2007 aux familles des victimes le juge Jean-Louis Bruguière, initialement chargé de l’instruction. Autre contradiction : deux des quatre hommes arrêtés par la police de Karachi ont revendiqué, dans leurs aveux, le choix d’une cible française ; malgré cela, les Pakistanais ont conclu à une « erreur d’objectif » des terroristes, arguant du fait que l’attaque du 8 mai 2002 ne fut suivie d’aucune autre contre les intérêts tricolores.

 

Il est pourtant avéré que plusieurs alertes avaient précédé l’attentat, dont une tentative d’enlèvement sur un salarié de la DCN et, fin janvier 2002, la découverte d’une bombe sous une voiture de l’ambassade de France à Islamabad.

 

Sans faire grand cas de ces signes avant-coureurs, les services pakistanais se sont efforcés d’établir des liens entre l’explosion du bus de la DCN et les actes antiaméricains commis à cette période, jusqu’à conclure que le même groupe avait tué les ouvriers français et fait sauter une voiture, la veille, devant le consulat des Etats-Unis à Karachi. Connu sous le nom de Harakat ul-Mujahidin (HUM), ce réseau islamiste était déjà responsable de l’assassinat du journaliste américain Daniel Pearl, ce qui avait entraîné l’arrestation de l’un de ses chefs, cheikh Omar Saeed. Le procès de cet imprécateur s’ouvrait justement la semaine où fut perpétré l’attentat contre la DCN-le rapport « Nautilus » souligne aussi cette coïncidence.

 

Un détail méconnu issu de l’enquête sur la mort de Daniel Pearl ramène lui aussi aux conclusions de la mystérieuse note. Deux des e-mails de revendication envoyés par les ravisseurs du journaliste mentionnaient, parmi les conditions posées, l’exécution d’un contrat d’armement américain remontant à 1990 et qui prévoyait « la livraison d’avions de chasse F-16 au Pakistan » ou, à défaut, « le remboursement avec intérêts du paiement effectué par le Pakistan pour l’achat de ces avions » -une clause inhabituellement matérialiste venant de supposés « fous d’Allah ». D’autant que cette exigence avait été formulée à l’identique, fin 2001, par le président Moucharraf lui-même lors d’une rencontre avec George W. Bush...

 

D’où cette conclusion, partagée par plusieurs services de renseignement occidentaux : si les assassins de Daniel Pearl et les instigateurs de l’attentat de Karachi appartiennent à la même nébuleuse, rien n’interdit de penser que, dans les deux cas, leurs préoccupations se concentraient sur les contrats d’armement du Pakistan. Un point supplémentaire qui corrobore la teneur du document « Nautilus » et réveille désormais d’anciennes suspicions sur la vente des sous-marins français.

 

Les secrets d’Agosta

 

Car ce contrat-là aussi a gardé sa part d’ombre. Signée le 21 septembre 1994, la vente des navires fut négociée par François Léotard, ministre de la Défense du gouvernement d’Edouard Balladur. Montant de la transaction : 5,4 milliards de francs (825 millions d’euros). De quoi hisser le Pakistan au troisième rang des importateurs de matériel militaire français, derrière Taïwan et l’Arabie saoudite. Le calendrier prévoyait qu’un premier navire serait construit à Cherbourg, un deuxième monté à Karachi avec des éléments fabriqués en France et le troisième entièrement conçu sur place-les victimes de l’attentat de 2002 travaillaient sur ce chantier.

 

A en croire le rapport « Nautilus », la négociation organisait également le versement de « rétributions occultes » à un intermédiaire syrien, Abdul Rahman el-Assir. La note désigne cet homme d’affaires comme un proche d’Asif Ali Zardari, au point d’avoir « planifié l’enrichissement du clan Bhutto » ; elle lui prête en outre un rôle actif dans le « financement de la campagne d’Edouard Balladur » (l’ancien Premier ministre n’a pas souhaité commenter ce document) . Quatorze ans après, les archives du contrat Agosta (dont une partie est classée « secret-défense ») attestent la présence de cet intermédiaire dans le dispositif financier.

 

Plusieurs protagonistes de la négociation rapportent qu’El-Assir faisait alors tandem avec un autre homme d’affaires, le Libanais Ziad Takieddine-dont le nom est également mentionné sur le document « Nautilus »-, et que les deux hommes avaient été imposés par « un ordre venu d’en haut » pour augmenter, à travers eux, la rémunération destinée à Zardari sur le contrat.

 

Un intéressement de 4 % sur le prix des sous-marins (soit 33 millions d’euros) leur était promis ; il s’ajoutait aux 6 % prévus à l’origine et censés inclure la part de Zardari et de divers officiels pakistanais. Mais le profil des deux intermédiaires alimentait les suspicions : disposant d’un accès privilégié au cabinet de François Léotard (qui n’a pas répondu aux appels du Point ), ils s’étaient rendus à Islamabad avec le conseiller spécial du ministre, Renaud Donnedieu de Vabres, qui avait dans son entourage la haute main sur les affaires sensibles. Ils étaient en outre impliqués, à la même époque, dans la répartition des commissions sur un autre contrat sensible de la DCN : le projet « Sawari II »-la vente de frégates à l’Arabie saoudite, pour 3 milliards d’euros.

 

Pareille accumulation d’indices faisait du duo d’intermédiaires une cible idéale désignée à la vindicte des chiraquiens. Alors que se profilait l’élection présidentielle de 1995 et qu’une lutte fratricide divisait le RPR, Léotard avait rallié l’UDF à la candidature Balladur. Chirac et les siens étaient persuadés que les mirobolants marchés de la DCN alimentaient un trésor de guerre politique. C’est pourquoi, dès son installation à l’Elysée, Chirac donna l’ordre d’annuler les commissions prévues sur ces contrats. Nommé par le nouveau président au ministère de la Défense, Charles Millon reçut l’ordre de « "nettoyer" les grands marchés de l’armement ». Quand il annonça aux industriels que les commissions prévues ne devraient pas être versées, de nombreux visiteurs défilèrent au ministère pour lui demander « de faire des exceptions... » .

 

Takieddine et El-Assir   n’en bénéficièrent pas. Durant l’été 1996, ils firent même l’objet d’intimidations physiques pour renoncer à leurs prétentions financières et accepter de déchirer leurs contrats. Un matin, dans son chalet de Gstaad, en Suisse, El-Assir eut la stupeur de voir deux balles de Revolver se ficher dans sa glace pendant qu’il se rasait. Quelques mois plus tard, un agent fut dépêché à Londres, où Benazir Bhutto s’était exilée, pour s’entretenir avec Zardari ; recommandé par l’Elysée, il annonça au futur président pakistanais, lors d’un tête-à-tête discret dans les allées de Hyde Park, l’interruption des versements prévus.

 

Mais le contrat Agosta incluait une disposition très particulière et soigneusement camouflée : 85 % des commissions devaient être versés aux intermédiaires dans l’année suivant la signature de la vente des sous-marins. Ainsi, au moment du feu rouge de l’Elysée, l’équivalent de 28 millions d’euros avait déjà été transférés via deux banques suisses, sur les comptes de sociétés écrans panaméennes. D’une éventuelle redistribution ultérieure nul n’a jamais rien su. Sauf ses bénéficiaires et ceux qui, peut-être, en ont été exclus. Douze ans après, le rapport « Nautilus » peut-il transformer une enquête antiterroriste en scandale politico-financier ?