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Le huitieme mort de tibhirine/Didier Contant, contrarié la « thèse » de lobby qui tue qui/Un suicide maquille du journaliste Didier Contant

 

Le huitieme mort de tibhirine

Un suicide maquille du journaliste  Didier Contant,

 

Jean-Baptiste Rivoire et de Paul Moreira,   journalistes à Canal Plus  exercé de graves pressions sur Contant pour l’empêcher de publier son enquête,

Didier Contant, contrarié  la « thèse »  de  lobby   qui tue qui

Après l’ouverture en France en décembre 2003 d’une enquête sur l’assassinat des moines de Tibhirine en mai 1996, celle-ci n’a toujours pas abouti à ce jour. En revanche, l’« affaire des moines » a resurgi le 14 mars 2008, à travers l’étrange mise en examen du journaliste Jean-Baptiste Rivoire, suite à la plainte de Rina Sherman, qui fut la compagne de Didier Contant, journaliste qui s’est suicidé à Paris en février 2004. Mme Sherman, dans un livre intitulé Le Huitième mort de Tibhirine (publié en février 2007), a prétendu que la mort de Contant serait en réalité un « suicide maquillé », ca r « il était soumis à une grande angoisse psychologique en raison des attaques dont il était l’objet », après son enquête en Algérie sur l’affaire des moines, laquelle visait le témoignage d’un sous-officier des services secrets algériens, Abdelkader Tigha, impliquant l’armée dans l’enlèvement et la mort des moines. Ces « attaques » auraient été le fait d’une « machination » de Jean-Baptiste Rivoire et de Paul Moreira, alors journalistes à Canal Plus, qui auraient exercé de graves pressions sur Contant pour l’empêcher de publier son enquête, car celle-ci aurait con trarié leur « thèse », celle du « lobby du qui tue qui » réunissant « ceux qui œuvrent pour le dédouanement des intégristes islamistes » algériens.

 

 

 

 

Douze ans ! Douze ans déjà que les sept moines français du monastère cistercien de Notre-Dame de l’Atlas, à Tibhirine en Algérie, étaient enlevés avant d’être assassinés quelques semaines plus tard. Et malgré la plainte contre X pour « enlèvement », « séquestration » et « assassinat » déposée le 9 décembre 2003 auprès du doyen des juges d’instruction du tribunal de Paris par la famille de l’une des victimes, Christophe Lebreton, et par Armand Veilleux, ancien numéro deux de l’ordre cistercien, les responsables de ce crime n’ont toujours pas été formellement identifiés à ce jour ni, a fortiori , jugés. L’instruction de cette plainte, confiée en février 2004 au juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, n’avait toujours pas abouti plus de quatre ans après, quand celui-ci a définitivement quitté ses fonctions en juin 2007. Et depuis lors, c’est le silence. Responsables politiques et médias français ont clairement classé l’affaire au registre des « profits et pertes », les moines n’étant plus qu’une icône abstraite, dont on se borne à honorer la mémoire.

 

L’invraisemblable mise en cause de Jean-Baptiste Rivoire

Pire, la recherche de la vérité et de la justice, loin d’avoir progressé, semble bien avoir reculé, comme en témoigne la mise en examen par le juge Patrick Ramaël, le 17 mars 2008, du journaliste Jean-Baptiste Rivoire « pour avoir commis des violences volontaires avec préméditation sur la personne de son confrère Didier Contant ». Jean-Baptiste Rivoire est l’auteur ou le co-auteur dans les années 1990 et 2000 de plusieurs documentaires télévisés très fouillés sur la dramatique « guerre civile » algérienne et ses répercussions en France 1 , principalement diffusés par la chaîne Canal Plus (sur laquelle il dirige aujourd’hui une émission d’information), ainsi que d’un livre sur l’histoire de la « Françalgérie », où il relate notamment en détail son enquête sur l’assassinat des moines 2 . La mise en examen de Rivoire résulte d’une plainte déposée contre lui et son confrère Paul Moreira par Rina Sherman, qui fut la compagne du journaliste Didier Contant, lequel s’est suicidé à Paris, en se jetant du cinquième étage d’un immeuble, le 15 février 2004 : selon Mme Sherman, il s’agirait d’un « suicide maquillé », provoqué par les « attaques dont il était l’objet » de la part de Rivoire et Moreira, tous deux journalistes à Canal Plus à l’époque.

 

Mais quel rapport avec le drame de Tibhirine, dira-t-on ? Mme Sherman l’explique à sa manière dans un communiqué diffusé le 19 mars 2008 : « À la fin du mois de janvier 2004, Didier Contant, ancien rédacteur en chef de l’agence Gamma, revenait d’une investigation en Algérie sur l’enlèvement et l’assassinat des moines de Tibhirine en 1996. À Paris, il apprenait que Jean-Baptiste Rivoire de Canal Plus, faisant foi d’un email reçu d’Amnesty International à Londres, l’accusait de travailler pour les services secrets algériens et français et d’avoir harcelé l’épouse d’Abdelkader Tigha, le discréditant auprès des rédactions parisiennes, dont celle du journal Figaro Magazine qui devait publier son enquête. Transfuge de l’armée algérienne, Tigha mettait en cause l’armée algérienne dans la mort des moines, thèse défendue par l’équipe de Canal Plus, comme par les membres du lobby “Qui tue qui ?”. Cet ancien sous-officier constituait un témoin clef pour les émissions “Lundi investigation” et “90 Minutes” de Canal Plus, ainsi que pour la plainte déposée en décembre 2003 par Me Baudouin (FIDH) pour une des familles des moines victimes. Les précédentes investigations de Didier Contant ont été respectivement publiées dans le Pèlerin magazine en février 2003 et dans le Figaro Magazine en décembre 2003. Au cours de sa dernière investigation, ce grand reporter avait trouvé de nouveaux témoins indiquant que les moines avaient été assassinés par le GIA et il avait recueilli des témoignages mettant en doute la personne d’Abdelkader Tigha 3 . »

 

C’est cette thèse que Mme Sherman a développée en détail dans un livre intitulé Le Huitième Mort de Tibhirine et publié en février 2007   , dont l’unique objet est de présenter Didier Contant comme victime d’une conspiration ayant abouti à sa mort.     

 

En empruntant à un journal algérien le titre très évocateur de « huitième mort de Tibhirine »   , Rina Sherman insinue que Didier Contant aurait été tué par ceux-là mêmes qui sont accusés de l’assassinat des religieux : ces derniers auraient été victimes des seuls islamistes, et Contant aurait perdu la vie par l’action de leurs partisans en France, dont… Jean-Baptiste Rivoire. Alors qu’on serait bien en peine de trouver sous sa plume ou dans ses propos, la moindre complaisance à l’égard des criminels affirmant agir « au nom de l’islam ». Selon Sherman – et contre toute évidence  les conclusions de Contant sur l’assassinat des moines auraient ébranlé la thèse de l’implication des services secrets algériens, prétendument largement partagée par la classe politique et les médias français.

 

Cet amalgame entre l’assassinat des Cisterciens et le suicide d’un journaliste est une entreprise particulièrement pernicieuse, dont l’effet essentiel est de nuire à toute recherche sérieuse de la vérité sur les circonstances de l’enlèvement et de la mort de moines. La douleur de Rina Sherman face à la perte d’un être cher est évidemment sincère et mérite le respect  Sherman dans son combat, mais elle n’enlève rien au fait qu’il est inconcevable qu’un professionnel des médias puisse être déstabilisé au point de se suicider par les questionnements légitimes de Rivoire, quant aux méthodes d’un  

 

Bref rappel des faits

Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, les sept moines du monastère de Tibhirine étaient enlevés par un groupe d’hommes armés. Un mois plus tard, un communiqué du GIA (Groupe islamique armé, alors dirigé par l’« émir » Djamel Zitouni), adressé au président français Jacques Chirac, revendiquait cet enlèvement et proposait un échange de prisonniers. À la suite de négociations avortées avec des émissaires des services secrets français, le 21 mai 1996, un nouveau communiqué du GIA annonçait l’exécution des otages : « Le président français et son ministère des Affaires étrangères ont annoncé qu’il n’y aurait ni dialogue ni réconciliation avec le GIA. Ainsi, ils ont rompu le processus et nous avons donc coupé la tête des sept moines. »

  

 

Le 27 décembre 2003, Contant avait publié dans Le Figaro Magazine un article (« Enquête au monastère des moines martyrs ») dans lequel il confortait, comme ses confrères de la plupart des grands médias, la version officielle algérienne et française du rôle exclusif des GIA dans l’enlèvement et l’assassinat des moines. Il était au même moment retourné en Algérie afin d’enquêter sur Tigha      

 

 

Début février, il contacte les deux rédactions l’ayant supposément fait travailler. Avec un responsable de Gamma, puis du Figaro Magazine , Rivoire évoque les informations qui lui sont parvenues d’Algérie suite à la visite d’un certain « Didier Contant » et de ses accompagnateurs et explique qu’il s’inquiète pour la sécurité de la famille Tigha. Sur l’indication de Jean-Marie Montali, rédacteur en chef du Figaro Magazine , Rivoire retrouve la trace de Didier Contant et le contacte pour lui expliquer l’affaire. Manifestement mal à l’aise, Contant nie dans un premier temps avoir fait partie du groupe ayant visité Mme Tigha. Mais deux jours plus tard, il rappelle Rivoire à plusieurs reprises pour changer de version et reconnaître qu’il est bien allé la voir. À cette occasion, il se plaint du fait que Rivoire ait contacté le Figaro Magazine et exige d’être reçu par son patron à Canal Plus, Paul Moreira.

 

Le 9 février, l’entretien avec Rivoire et Moreira se déroule courtoisement, mais Contant s’étonne des informations que Rivoire lui communique :

 

– suite à sa visite à Blida, Mme Tigha s’est inquiétée au point d’alerter Amnesty international à Londres (information que Contant ignorait manifestement et qu’il va dramatiser à outrance, imaginant contre toute vraisemblance qu’une « enquête a été lancée sur lui » par Amnesty) ;

 

– en Hollande, l’association de défense des droits de l’homme Justitia Universalis, qui est en contact avec Tigha et avec son épouse, prépare des courriers demandant aux gouvernements français et algériens de protéger la famille du témoin Tigha contre toute pression éventuelle ;

 

- Mohamed Achouri, le confrère algérien qui a guidé Contant lors de son enquête en Algérie, était pour lui simplement « correspondant du journal Liberté à Blida ». Mais, selon Tigha, Achouri serait aussi l’accompagnateur habituel des journalistes étrangers pour le compte du DRS à Blida.

 

  

 

Passage sur le livre   Mme Sherman

  le livre de Mme Sherman est     en quatre points : a) la mort de Didier Contant le 15 février 2004    un « suicide maquillé » (p. 151), car « il était soumis à une grande angoisse psychologique en raison des attaques dont il était l’objet » (p. 94) ; b) ces attaques seraient le fruit d’une « machination » (p. 64) de Jean-Baptiste Rivoire et de Paul Moreira (p. 64, 155 et 165) ; c) sa mort serait « liée aux opinions qu’il défendait » (p. 94) : elles auraient contrarié les thèses d’un « lobby » – dont feraient partie les journalistes de Canal Plus – « de ceux qui œuvrent pour le dédouanement des intégristes islamistes » algériens (p. 165) ; d) car Didier Contant aurait « mis le doigt sur le maillon faible de [ce] réseau, le témoignage de Tigha » (p. 186). Ces allégations ne sont « étayées » que par la répétition ad nauseam de la thèse de la « machination », la manipulation des faits avérés et la non-prise en compte de tous ceux qui pourraient l’infirmer.

 . Sherman dans son livre  affirm e que la « thèse » de Contant sur l’enlèvement des moines aurait été si originale qu’il aurait fait l’objet d’un complot visant à le priver de « son droit à la liberté d’expression » (p. 15). Ce complot serait établi par le fait que « depuis sa mort, aucun journaliste n’a repris sa thèse ». Une assertion parfaitement absurde, puisque cette thèse était, dès 1996, celle du pouvoir algérien et de la majorité des médias français, et qu’elle fait toujours figure de « vérité officielle » à ce jour, quatre ans après la mort de Contant (comme en témoignent la plupart des articles et ouvrages consacrés depuis lors à l’assassinat des moines).

 

 , R. Sherman insiste beaucoup sur le fait que « Didier n’a en rien harcelé la femme de Tigha » (p. 138), qu’il ne l’« avait pas menacée » (p. 120