Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Al-Qaida. Au cœur du premier réseau terroriste mondial»/Brigade 055", l'unité d'élite de Ben Laden

Al-Qaida. Au cœur du premier réseau terroriste mondial»

  "Brigade 055", l'unité d'élite de Ben Laden

  Rohan Gunaratna, collection Autrement Frontières

  éditions Autrement, septembre 2002

Rohan Gunaratna est un chercheur sri lankais spécialisé dans le terrorisme international. Dans son livre sur Al-Qaida, il dissèque méthodiquement l'organisation, la stratégie, l'idéologie et le terrain d'action du réseau terroriste. Précise, documentée et fouillée, son analyse dresse un état des lieux sans concession sur l'organisation de Ben Laden. Au-delà de la riposte militaire immédiate, l'expert en terrorisme préconise également de mettre en place une contre-idéologie puissante et énergique pour lutter contre l'hérésie Al-Qaida. En dépit de quelques répétitions sur l'histoire du mouvement, ce document reste incontournable pour appréhender la nébuleuse islamiste la plus traquée par les services secrets du monde entier.

Plus d'un an après la tragédie du 11 septembre, la menace terroriste représentée par le réseau Al-Qaida est toujours bien réelle. L'attentat sanglant de Kuta Beach à Bali, en octobre dernier, qui a fait au moins 183 victimes, dont de nombreux Occidentaux, attribué par les autorités indonésiennes à des terroristes locaux en collaboration avec le réseau Al-Qaida, est là pour le rappeler. De l'Europe au Moyen-Orient, de la corne de l'Afrique à l'Asie centrale, de l'Asie du Sud-Est à l'Amérique du Nord, les ramifications du réseau Al-Qaida sont mondiales. Mais que sait-ont vraiment de cette nébuleuse terroriste ? Qui sont ses membres et ses leaders ? Quelle est son idéologie ? Comment fonctionne-t-elle et comment est-elle financée ? Le livre de Rohan Gunaratna tente de répondre avec sérieux à toutes ces questions. "J'ai voulu brosser le portrait d'une organisation. Au cours des cinq dernières années, j'ai passé des centaines d'heures à interviewer plus de 200 terroristes, y compris des membres d'Al-Qaida, dans une quinzaine de pays d'Asie, d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Europe centrale", prévient l'auteur dans l'introduction de son livre. Pour réaliser son enquête, il s'est également entretenu avec des responsables de services secrets et de gouvernements du monde entier et il a passé au peigne fin les documents produits par Al-Qaida. Résultat : une analyse fouillée et complète sur ce groupe terroriste multinational.

Pour commencer, l'auteur brosse le portrait de Ben Laden en expliquant ses origines, sa trajectoire et son évolution vers l'antiaméricanisme. Originaire du Yémen et d'Arabie Saoudite, le leader d'Al Qaida porte le nom d'une riche famille saoudienne, propriétaire d'une banque bien en vue au royaume de l'or noir. "Tout en travaillant pour l'entreprise familiale, il consacrait ses énergies et ses ressources au progrès de l'islam et de l'islamisme", indique le spécialiste. Son soutien à l'islam commence à partir de 1973 au Yémen du Sud, puis à partir de 1979 en Afghanistan. C'est durant la campagne afghane de résistance à l'occupant soviétique qu'il va se faire connaître auprès des moudjahidin et de la CIA. Après le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan, en février 1989, Ben Laden regagne l'Arabie Saoudite. Selon Rohan Gunaratna, ce sont les conséquences de la Guerre du Golfe qui font basculer l'homme dans le camp des ennemis de la monarchie saoudienne : "c'est seulement après que les troupes irakiennes eurent été vaincues en février 1991 que Ben Laden commença sa campagne contre le régime saoudien". Il exprime alors publiquement son mécontentement face à la présence prolongée des troupes américaines, "ces infidèles", en Arabie Saoudite. Le chercheur retrace ensuite l'exil de Ben Laden au Soudan, son installation en Afghanistan puis son alliance avec les talibans de 1996 à 2001. C'est durant cette période trouble que le chef religieux se radicalise et devient progressivement une figure incontournable du terrorisme anti-occidental. Ben Laden est-il aujourd'hui vivant ou mort ? Rohan Gunaratna ne donne aucune réponse mais reste persuadé que "la plupart des dirigeants d'Al-Qaida sont encore dans les zones tribales anarchiques situées de part et d'autre de la frontière pakistano-afghane, où même l'armée pakistanaise et ses services secrets, l'ISI, ont du mal à opérer librement".

Plus loin dans l'ouvrage, le spécialiste sri lankais dévoile tout ce qu'il sait sur Al-Qaida, son fonctionnement, son idéologie et sa stratégie, avant de s'intéresser aux régions du monde où l'organisation est active. Dans cette autopsie brillante d'un groupe terroriste tentaculaire aux ramifications mondiales, l'auteur livre une multitude d'informations intéressantes. De la "Brigade 055", l'unité d'élite de Ben Laden, à "l'Encyclopédie du jihad afghan", le manuel de référence du combattant d'Al-Qaida, en passant par " le Hawala ", le système islamique de transaction d'argent. Spécialiste du terrorisme international à l'université St Andrews en Ecosse, Rohan Gunaratna élabore également une typologie intéressante des groupes terroristes islamiques qu'il classe en quatre catégories différentes : révolutionnaire, idéologique, utopiste et apocalyptique. Selon lui, les attentats du 11 septembre ont fait basculer Al-Qaida dans la catégorie la plus extrémiste, à savoir parmi les groupes apocalyptiques, à côté des Groupes Islamiques Algériens (GIA). "Les groupes apocalyptiques utilisent la violence collective sans la moindre discrimination. Ils croient fermement avoir reçu l'ordre divin de commettre des actes violents et se lancent dans le terrorisme catastrophique, faisant des victimes par milliers" explique-t-il. Ben Laden, en falsifiant la parole de Dieu à des fins politiques et en ayant recours au terrorisme tous azimuts, n'aurait plus rien à perdre dans son combat contre " les infidèles ". D'après le chercheur, Al-Qaida ne se contente pas de détruire l'ordre établi, comme le font les groupes utopistes, mais va plus loin encore en s'attaquant à l'ordre social, économique et culturel. Concernant les stratégies du mouvement, l'auteur en distingue trois selon qu'elles se situent à court, moyen et long terme. "Le retrait des troupes américaines et la création d'un califat en Arabie Saoudite" constituent les objectifs à court terme. "L'expulsion des dirigeants apostolats de la péninsule arabique, puis du Moyen-Orient, et la création d'authentiques Etats islamiques" sont les objectifs à moyen terme. Enfin, la création d'un " groupe d'Etats islamiques puissants " pour faire contrepoids à l'influence américano-occidentale reste l'objectif à atteindre pour Al-Qaida à long terme.

Quelle est aujourd'hui la capacité de nuisance d'Al-Qaida ? Dans quelle région du monde l'organisation de Ben Laden est-elle la plus active ? Quels sont les nouveaux foyers du terrorisme islamique ? Toutes ces questions trouvent également une réponse dans le livre de Rohan Gunaratna. Citant la CIA, l'auteur estime que "l'organisation peut compter sur le soutien de 6 à 7 millions de musulmans radicaux à travers le monde, dont 120 000 sont prêts à prendre les armes". Voilà qui fait froid dans le dos. Sans compter qu'Al-Qaida et ses partisans sont actifs aux quatre coins de la planète. De l'Amérique du Nord à l'Asie du Sud Est, en passant par l'Europe et le Moyen-Orient, pas une région du monde n'échappe aux tentacules de ce groupe terroriste. Seule l'Amérique latine semble préservée de cette contagion terroriste. On lira par exemple avec intérêt le cas de l'Indonésie, considérée depuis l'attentat de Bali comme un nouveau front de la lutte contre le terrorisme. "L'Indonésie abrite toute une gamme de groupes musulmans, allant des islamistes aux radicaux. La majorité des musulmans indonésiens sont modérés et tolérants" indique le spécialiste du terrorisme. Et d'ajouter plus loin : "Bien qu'il existe en Indonésie une soixantaine de groupes politiques islamiques radicaux, seule une douzaine d'entre eux comptent vraiment". Ces deux chapitres du livre consacrés au réseau planétaire et à ses nouveaux territoires dressent un état des lieux sans complaisance de la menace terroriste dans le monde. On regrettera cependant l'absence de cartes géographiques pour mieux situer les ramifications de l'hydre terroriste.

"Al-Qaida peut faire l'objet d'un assaut militaire, mais c'est seulement en s'opposant à son interprétation tendancieuse du Coran que la communauté internationale pourra lui infliger des dommages stratégiques à long terme" avertit l'expert sri lankais. Le combat contre Al-Qaida doit être mené non seulement sur le terrain militaire mais aussi et surtout sur le plan idéologique. Il faut contenir l'idéologie corrompue de ce mouvement, discréditer ses thèses, marginaliser ses soutiens, coopérer avec le monde musulman modéré. L'arme de la terreur ne suffit pas, la lutte doit aussi se mener dans les mosquées, les banlieues délaissées des démocraties occidentales, la rue arabe… Bref, "une contre idéologie puissante" est nécessaire pour endiguer l'influence du fanatisme d'Al-Qaida. Voilà ce que préconise l'auteur à la fin de son ouvrage. Une réflexion à méditer pour les responsables de la lutte contre