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برقية من الأمير عبد القادر إلى رئيس الولايات المتحدة الأمريكية ويلسون

 

 

برقية من الأمير عبد القادر إلى رئيس

 الولايات المتحدة الأمريكية ويلسون

 

Télégramme adressé à Wilson le 2 Janvier 1919 par le comité algéro tunisien

Monsieur Wilson, Président des EtatsUnis d'Amérique, Palais Quirinal, Rome

Monsieur le Président,

Convaincus de traduire les sentiments du peuple algéro tunisien, nous vous adressons nos salutations respectueuses et nous nous per

mettons de vous exposer nos revendications. Au milieu du déchaînement des appétits impérialistes de toutes sortes, vous avez noblement élevé la voix en faveur des peuples opprimés et de leur droit à la vie libre. Vous avez préconisé la paix des peuples par le règlement de toutes les questions sur la base de la libre acceptation et non par la violence.

Comme tous les peuples soumis à une domination étrangère, nous mettons notre confiance en votre heureuse intervention. Nous espé

rons que votre voix qui a rencontré le suffrage des peuples, sera entendue et que le Congrès de la Paix fera du Droit la loi du monde. Vous avez déclaré que le peuple américain est solidaire de tous dans la revendication du Droit. Le peuple algéro tunisien ne revendique que le respect du droit violé, car sa situation sous la domination fran

aise est la suivante: il est astreint à tous les devoirs, y compris l'impôt du sang; par contre, il est privé de tous les droits et soumis à un régime d'arbitraire, d'iniquité et de terreur. Ce sont les propres termes dont le journal Le Temps et plusieurs hommes d'Etat et parlemen

taires français se sont servis pour stigmatiser le régime imposé à un peuple vaincu et sans défense par les bureaucrates et les coloniaux qui, seuls, jouissent de tous les droits civils et politiques et seuls ont des représentants au Parlement français. Le peuple français dans sa grande majorité ignore cette situation et s'il en avait une idée nette, il serait scandalisé et indigné.

Certains projets de réformes à introduire en Algérie ont été publiés il y a un an. Le Gouvernement français ne manquera pas d'en faire état au Congrès de la Paix. Or, ce sont des simulacres de réformes qui ne répondent pas aux vœux des Algériens et qui laissent subsister entièrement intact le régime de violence dans lequel ils gémissent.

Quant à la Tunisie, aucun changement n'est apporté à son sort . . . Les Tunisiens sont toujours bâillonnés et soumis au régime du pou

voir absolu de quelques fonctionnaires. Et pourtant ce petit peuple a toujours su diriger les affaires de son pays. Il a toujours joui paisible

 ment de son autonomie la plus complète jusqu'au jour où le Protecto

rat inspiré par la force l'a frappé d'incapacité. Cet état de choses est il de nature à favoriser l'établissement d'une paix définitive? Comme vous l'avez déclaré, une paix durable est impossible là où ne règne pas une atmosphère de justice, de liberté et de droit. Et cette atmosphère ne règne pas chez nous. Une paix qui ne mettra pas fin à l'injustice ne sera ni juste, ni durable.

Le peuple algéro tunisien a versé abondamment son sang pour la France. Malgré cela, il est toujours privé de ses droits les plus légitimes et asservi à une minorité de colons. Aussi nos compatriotes revendiquent ils le droit d'envoyer des mandataires légaux au Congrès de la Paix pour' défendre leur cause et obtenir un statut nou

veau qui leur permette l'exercice de la plénitude de leurs droits. Il serait paradoxal que des peuples qui n'ont pas participé effectivement à la guerre soient représentés au Congrès de la Paix, tandis que le peuple algéro tunisien ne le soit pas, lui qui a envoyé dès le début de la guerre ses enfants combattre en France et dont la jeunesse a été fauchée. C'est un droit qu'on ne peut lui refuser et le Gouvernement français ne pourra s'y opposer puisque M. Clemenceau luimême vient de l'admettre devant la Chambre des Députés en déclarant que toutes les réclamations des peuples qui s'estiment lésés doivent être portées devant la Conférence de la Paix et que les peuples, grands et petits s'y présenteront.

Le peuple algéro tunisien met ses espoirs en vous, Monsieur le Pré

sident, pour recouvrer son droit de disposer librement de son sort. Lettre citée par Colomb Charles.  Vérités Nord-africaines, Alger, 1933, pp. XII  XIII